Subversion des rapports de sexe

LE FEMININ SACRE.

Ce qui est battu en brèche, c’est le principe essentiel dans la Bible de la hiérarchie spirituelle entre les sexes.

De manière générale, comme le disent Michel Tort et Monique Schneider, le Père a le rôle civilisateur, selon une longue tradition commune aux monothéismes et à le philosophie grecque si proche de la religion chrétienne, et reprise par la psychanalyse. Il est celui qui séparer l’enfant de son rapport fusionnel, voire incestueux avec la mère et qui le tourne du côté du langage et de l’esprit.

La religion du Père indique cette voie transcendante : il s’agit d’être au-dessus du sensible et par voie de conséquence d’échapper à la mère, d’oublier le séjour initial, de dépasser l’angoisse de l’origine. Le souffle divin, le saint esprit, appartient « naturellement » au Père puisque c’est lui qui est censé s’opposer à cette force d’engloutissement du maternel.

C’est cet arrachement à la mère, au sensible, à la Nature, à la Vie terrestre que célèbre la peinture religieuse, vers l’autre vie qui n’est pas ici-bas, la vie céleste, transcendante: le geste de l’Ange montre l’élévation.

Or dans les tentures de Gisèle Prassinos, la fusion du Père a lieu à son insu, à son corps défendant pourrait-on dire, avec une force de vie terrestre, une Nature foisonnante, un pôle féminin de la création.

C’est une des façons de réintroduire, d’une manière non explicite du féminin sacré dans ces images traductrices d’un texte religieux.

C’est par la comparaison avec une tradition iconographique et en considérant l’œuvre dans son ensemble, plastique et écrite de GP, que ce féminin devient perceptible. Il le devient par la surprise, l’amusement puis l’interrogation. Fascination des publics de tous âges des diverses expositions.

La subversion, c’est de ramener ces modèles patriarcaux d’arrachement à la Terre, à la mère, à, disons, l’origine du monde, le célèbre tableau de Courbet.

Et même aux moments les plus terribles, la force de vie terrestre jaillit de toutes parts.

Il y a d’abord une célébration de la fertilité- rotondité de la terre qui passe par des paysages récurrents : montagnes, collines tertres, couvertes d’arbres et de fleurs, paysages enfantins.

L’omniprésence de la mer à des moments inattendus. Comme dans le « saint François d’Assise ».

 

Et puis surtout, il y a les symboles 

Symboles abstraits, selon un procédé associatif, très surréaliste, juxtaposition de symboles chrétiens avec tout un autre langage symbolique cohérent: des motifs abstraits, ornements des tuniques qui puisent à un code très ancien aussi lisible que celui des symboles chrétiens, code des cultes archaïques de la fertilité liés aux mystères de l’enfantement. Ces symboles constituent une tradition iconographique remarquablement constante à travers les siècles. Ils constituent un savoir ésotérique en rapport avec le culte de la nature et de la fécondité.

L’archéologue Marina Gimbutas les classe en deux groupes :

Les symboles de l’eau et de la fécondité : traits, chevrons, dessins labyrinthiques, esses, losanges

Les symboles évocateurs de la naissance et de la croissance : croissant, croix, cornes, œuf ou cercle.

Le terme de grande déesse rattache ces symboles à un culte néolithique de la vieille Europe et Moyen Orient mais ce sont des archétypes universels et intemporels en rapport avec la perception du féminin divin.

Ils constituent une « mémoire de femme au fil des doigts » selon le titre d’une très belle exposition au Pavillon des Halles à Paris sur le tissage des femmes algériennes. Mémoire de l’art du tissu que l’on retrouve parfois en incrustation dans les tentures ( Salomé). L’origine de ces symboles renvoie au rôle premier mais jamais oublié d’une figure divine féminine dont on trouve les avatars notamment dans le polythéisme grec. La grande lutte de la Bible est d’extirper le culte des Ashéras dans le pays cananéen où s’implantent les Hébreux – Ashéras, Astarot, descendante d’Ishtar, la déesse mésopotamienne.

Certains ont été utilisés et réinterprétés par la religion chrétienne comme les chevrons mais dans la tradition picturale chrétienne, ils ne sont jamais employés avec cette abondance et cette continuité : GP en met partout avec une sorte d’insolence spontanée.

Cela nous met sur une autre voie de la subversion par l’humour : elle a l’air de respecter le texte religieux, à la lettre, et elle en bouscule le sens en puisant à d’autres sources culturelles. celles qui sont antérieures au christianisme notamment.

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