Annie RICHARD

Parcours d’une féministe

Mon féminisme ne vient pas d’une révolte contre le père. Dans ma famille, le personnage fort était la mère : dévouement et force de décision. Même schéma pour sa sœur. Mon père, d’origine orientale, est né à Istanbul : il était doux, rêveur, aimant. Je n’ai aucun souvenir de contrainte éducative paternelle. A partir de cette enfance, mon féminisme procède de la constatation d’une exploitation au sein de la famille, consentie, intériorisée des femmes et néanmoins très frustrante.

Je lis vers 20 ans Le deuxième Sexe et les Mémoires d’une jeune fille rangée. Dès lors, mon féminisme passe essentiellement par une prise de conscience et une recherche intellectuelle que je peux mener quelles que soient mes conditions de vie, même apparemment traditionnelles : mariage, enfants, travail de fonctionnaire. Le féminisme ne nécessite pas selon moi le rejet des cadres mais la possibilité de les refuser et/ou de les transformer.

Annie RICHARD

Cela débouche néanmoins sur une action : un chemin personnel qui englobe sans doute mes proches et une orientation constante dans mon travail d’enseignant-chercheur dans le choix d’œuvres de femmes (d’anciennes élèves ou étudiantes m’ont confirmé la valeur pour elles de cette évocation de références féminines en art et littérature) ;  mon sujet de thèse en 1980, « Le discours féminin dans Le grand Repas de Gisèle Prassinos », est dans la ligne d’ ouvrages féministes entre autres, Parole de femme d’Annie Leclerc, début d’une bibliothèque dont un des fleurons est  Les Femmes de Platon à Derrida  de Françoise Collin, Evelyne Pisier, Eleni Varikas: l’ attention primordiale dans ma recherche est à la langue qu’il s’agit d’ émanciper de la « domination masculine ».

Mon féminisme est un combat pour la  transmission de la mémoire culturelle des femmes et la révolution symbolique qu’elle entraîne.

Je ressens une affinité profonde avec l’artiste poète Gisèle Prassinos pour son audace de pensée qui s’exerce dans des cadres traditionnels, sans révolte apparente, sa conquête sans haine de sa place symbolique de créatrice dans un monde de clivage des sexes. Je partage son rêve d’harmonie qui lui fait réinterpréter de manière jubilatoire, notamment les scènes bibliques fondatrices de la grande peinture dans l’œuvre plastique de ses tentures: un de mes combats a été d’essayer de donner la mesure dans La Bible surréaliste de Gisèle Prassinos de son humour qui révolutionne le rapport des sexes établi par les religions monothéistes, notamment sur la peur de la femme et de sa capacité de séduction-destruction-castration des hommes.

C’est à rebours de toute identité établie que le sujet féminin peut se trouver dans le mouvement contemporain artistique et littéraire que l’on désigne sous l’appellation controversée d’autofiction ; la place particulière qu’y ont les femmes est l’objet de mon essai, L’autofiction et les femmes : vers un altruisme ? Paris, L’Harmattan, 2013.

 

L’association Femmes-Monde dont je suis Présidente organise mensuellement un Café des Femmes à La Coupole dans cet esprit de donner une visibilité à la "place" des femmes dans le monde dans divers domaines (www.femmesmonde.com) et au rôle qu’elles jouent dans l’émancipation des corps et des esprits.

 

« Place » : mot d’origine indo-européenne à rattacher à de nombreux termes exprimant l’étendue, la largeur.

 


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