Les Tentures bibliques

SUBVERSION par rapport au PERE


Compliquée et intéressante, la subversion de GP car le Père, le frère sont des personnes qu’elle aime et qui l’aiment. Au fond, elle leur dit simplement de ne pas prendre leur rôle trop au sérieux.

Quel rôle ? d’abord celui de Patriarche… avec à la base Dieu : Hueïd, un des bonshommes qui trône dans le salon de l’artiste, a pour nom le palindrome de Dieu. Il devrait certes nous terrifier car il crache du feu, tel Zeus, mais c’est de la fumée peinte sur un carton, sa barbe imposante est faite avec des crochets achetés au BHV. Il a deux lampes allumées en guise de testicules.

Modèle, comme a dit récemment Michel Tort, de « la haute figure intimidante ».

 La table des matières de mon livre en énumère les avatars :patriarches, prophètes, rois , lepères de l’église, saints.

Noë, Abraham, Isaac, Moïse, David, Elie, les grands Saints.

La subversion, c’est une question de taille spirituelle : diminuer la stature du Père, de la dignité de son attitude, de sa verticalité physique et morale.

Car le Père, c’est avant tout celui qui se redresse. Il a pour fonction de se hausser au-dessus du sensible qui est du côté de la mère, de privilégier l’esprit par rapport au corps, et de s’arracher à la condition terrestre et à l’origine maternelle en même temps. Vision continuée par Lacan, du Père séparateur de la mère du côté exclusivement du symbolique.

GP simplement les adoucit.

Comme Noë : «La danse de Noë ivre et nu », inutile de le dire, n’est pas un sujet courant.

Noë ivre et nu surpris par son fils Cham : la nudité du Père, emblématique de l’interdit de nudité pour l’humanité après la chute. Regarder la nudité du père doit inspirer une terreur sacrée. Il y a un lien avec le danger de l’inceste et la peur de l’image. Toutes les négociations culturelles au cours des siècles autour de l’image conditionnent l’histoire de la peinture, une éducation du regard.

Or Noë ne fait pas peur : « il est noyé dans son vin » dansant au milieu de feuilles de vigne, on pense à Dionysos et à la force de vie androgyne ( rôle des Ménades) qu’il célébrait.

L’humour réside dans la manière dont elle montre les efforts attendrissants et ridicules du Père pour ressembler à ce qu’il croit devoir être., la Norme : n’oublions pas que c’est la répétition de l’attitude normative qui fait force de loi, qui a une force politique. En cela les images religieuses ont indéniablement une fonction politique. Les images d’attitudes exemplaires sont des modèles et notamment des modèles d’identités sexuées. Ce qui est génial, c’est de montrer, d’une manière totalement instinctive, la répétition elle même, dans ce qu’elle peut avoir de pouvoir critique du modèle lui-même: c’est « Syméon le stylite essayant sa troisième colonne ».

 

Car il y a aussi dans les légendes, une réécriture de la Bible.

G.P. prend le personnage chez Lacarrière. Athlète du désert, anachorète de Syrie

Il se juche sur une colonne pour y vivre, en ascète. De nombreux témoins venaient le voir en pèlerinage. Or l’interprétation de G.P. montre qu’il a beaucoup de mal à ignorer qu’il a un corps. D’ailleurs des animaux autour de lui le regardent avec une compassion amusée.

Et le comble, c’est que la colonne servait auparavant à un tout autre culte, en l’honneur de la Déesse de la fécondité à Antioche.

Et le fils est la première victime du Père: Christophores touchants dans leur faiblesse, enfants fragiles promis à une tâche trop lourde. Déplacement de la lourdeur du Christ dans l’histoire sacrée à la lourdeur du fardeau qui lui sera imposé.

Le sacrifice d’Isaac comme socle de la sainte famille caricaturée dans Brelin le Frou, cette osmose du Père et du Fils, de leur connivence

Elle aime bien aussi, ces pères terribles, les représenter enfants ; « le petit Isaac entre Abraham et Sarah âgés de cent ans» , ou même bébé fessu allongé sur un matelas à la manière des photos d’antan « Moïse », Goliath. Insiste sur leur petitesse.

Génial , là aussi d’avoir mis en valeur l’attente dans l’effort pour coller à une norme,

«  Moïse attendant d’être sauvé des eaux. », ici des eaux maternelles, pour devenir le grand homme. Mais là il y reste enfoui. Tout ondoie autour de lui, il a des petites fesses roses rebondies. Néanmoins, il garde ses cornes et son air sévère dont il nous fixe.

 Or dans les images de GP, le Père lui-même a toutes les peines du monde, et c’est tout à son honneur, à être cet exemple d’élévation, stature, grandeur au sens propre et figuré qui est objet d’humour.

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