La guerre des sexes

Ramener le Père à une dimension humaine, réintroduire le féminin sacré, tout cela bouleverse les relations fondamentales entre les membres de la Sainte Famille. L’effet majeur consiste à jeter le doute sur la guerre des sexes dont les images religieuses sont l’agent redoutable.

La scène fondatrice est « Salomé et la tête de saint Jean ». De quoi, nourrir une haine tenace contre cette séductrice née, autant dire la femme ou plutôt la femme-enfant, ce qui est un pléonasme encore au XIXème siècle et ce sera appuyé par la psychanalyse naissante qui jette le doute sur la possibilité d’accomplissement psychique du sujet féminin. Scène dont se nourrit notamment le symbolisme et le surréalisme. Breton était fasciné par la Salomé de Gustave Moreau.

Surprise de départ, c’est la mise en exergue de l’épée réservée à Judith, la justicière qui séduit et coupe la tête d’Holopherne, général de Nabuchodonosor. Les Assyriens lèvent le siège mais c’est pour la bonne cause. Pas la première fois que la prostitution est pour la bonne cause, comme Abraham qui fait passer belle Sara en Egypte pour sa sœur ou Rahab qui vivait à Jéricho et qui exerçait son métier dans une maison qui se trouvait dans la fameuse muraille. Elle accueille un soir deux hommes de ce peuple d’Israël conduit par Josué, le successeur de Moïse, les cache, et pose comme condition qu’ils sauvent sa famille quand ils s’empareraient de la ville. Ce qu’ils font en passant tout au fil de l’épée, sauf Rahab, la prostituée serviable.

Au fond, elle fait aussi son devoir, Salomé, depuis la nuit des temps, son rôle de castratrice, de menace sur le pouvoir des hommes.

Et « elle en a marre », dixit Gisèle. Elle tient la tête de saint Jean d’un air dégoûté et saint Jean la regarde étonné. Curieux dialogue muet. Mon frère s’appelait Jean-Mario, me dit Gisèle d’un air mutin, en lisant mon texte….On n’en finit pas avec les images de GP de passer de question en question…

Ici sur un sujet fondamental qui est ce face à face entre les sexes et la possibilité de regarder « soi-même comme un autre », selon la belle formulation de Paul Ricoeur au lieu d’être séparés par une ligne infranchissable ou une épée, comme le suggère l’image


Harmonie, cosmogonie où il n’y a plus coupure entre le Ciel et la Terre, entre le Père et la Mère de la Création, entre l’Homme et la Femme.

Sous des dehors naïfs, cette Bible est très subversive : contestation radicale de la Différence des sexes telle qu’elle est instituée par la religion du Père : c’est-à-dire le clivage.

La figure clef de la Sainte Famille qui est la filiation sacrée Père-Fils soudée par le saint esprit, rejette la femme du côté du corps. C’est de là que procède la coupure fondamentale entre les sexes : dans la religion chrétienne, l‘incarnation, qui rend possible l’image, c’est le corps transcendé de la Mère Vierge, amputée de sa sexualité, réservée à la prostituée, c’est le sang du fils, sa chair spiritualisée qui est venue remplacer le sang impur des femmes, c’est à cette condition que l’image peut être acceptée dans le culte chrétien. La Différence absolue, essentielle des sexes dont on voit les effets dans l’islamisme, découle de ce pilier : l’assimilation du Fils au Père, le Même masculin opposé à l’Autre féminin.

Mais si le souffle divin, le saint esprit était-il exclusivement masculin ?

S’il y avait du Même dans l’Autre comme semble le dire le face à face de Salomé et saint Jean ? Ce sont les questions posées par les images. Questions issues d’une expérience avec l’autre sexe à rebours du clivage et de la hiérarchie. De l’autre semblable et différent, son frère Mario.

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